La semaine dernière, j’ai animé une formation de deux heures pour des tuteurs de nouveaux enseignants. On m’avait initialement sollicitée pour un atelier sur la génération Z, comment la comprendre, comment mieux communiquer avec elle. J’ai proposé un autre angle : la santé mentale des jeunes qu’ils accompagnent.
Ce que j’y ai transmis, je l’adapte aujourd’hui à tout type de tuteur, qu’il encadre un enseignant débutant, un apprenti ou un stagiaire : une formation de deux heures pour distinguer une difficulté passagère d’un signal d’alerte en santé mentale, et pour engager le dialogue sans dramatiser.
Pourquoi parler de santé mentale plutôt que de génération Z ?
Ce qu’on attribue souvent à un trait générationnel (moins d’engagement, plus de fragilité, un rapport compliqué à l’autorité) ressemble, observé de plus près, à un enjeu de santé mentale, quel que soit le cadre où le tuteur exerce.
Les enquêtes le confirment : 96 % des 18-28 ans jugent essentiel de trouver du sens au travail, 84 % gardent le goût du travail, et un sur deux souhaite conserver des niveaux hiérarchiques, à condition qu’ils soient incarnés par une compétence reconnue plutôt qu’un statut. La demande ne porte pas sur la disparition du cadre. Elle porte sur la qualité de la relation (source : Ipsos / CESI, Observatoire sociétal des entreprises, 2024).
Pourquoi les jeunes semblent moins résistants que les générations précédentes ?
Ils ne résistent pas moins bien. Ils affrontent les épreuves avec moins de tuteurs de résilience, ce concept développé par Boris Cyrulnik : une personne qui écoute, un lieu où appartenir, un lien qui aide à se reconstruire.
La solitude touche aujourd’hui deux fois plus les moins de 25 ans que les 60-69 ans (37 % contre 16 %), avec une hausse de 12 points en neuf ans chez les jeunes, contre 5 points en moyenne nationale (source : CREDOC pour la Fondation de France, 2025). Le numérique n’arrange rien : une étude Inserm montre que les 11-24 ans qui ne se sentent pas seuls ont deux fois plus de chances de rester sous cinq heures d’écran par jour.
Quelle est l’ampleur réelle de la dégradation de la santé mentale des jeunes en France ?
Un jeune sur cinq est concerné par un trouble psychique en France. Ce chiffre situe l’ampleur du phénomène à l’échelle nationale, au-delà de l’anecdote, pour toute structure qui accueille de jeunes actifs, apprentis ou stagiaires.
D’autres indicateurs le confirment :
19 % des lycéens présentent un risque dépressif significatif.
20 % rapportent des idées suicidaires dans l’année.
Les hospitalisations psychiatriques chez les 12-25 ans ont augmenté de 47 à 49 % selon les tranches d’âge (source : info.gouv.fr).
Ces chiffres ne servent pas à dramatiser. Ils donnent aux tuteurs la mesure de ce qu’ils côtoient, pour ne plus lire une fatigue ou un retrait comme un simple trait de caractère.
Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans la santé mentale des jeunes ?
L’intelligence artificielle peut ouvrir une porte vers une première écoute, mais elle ne doit jamais remplacer le lien humain.
Aux États-Unis, 72 % des adolescents ont déjà utilisé une IA compagnon (source : Common Sense Media, 2025). En France, 48 % des Français avaient utilisé une IA générative en 2025, contre 20 % cinq ans plus tôt (source : info.gouv.fr, 2026). Ce que j’observe dans mes propres ateliers sur l’IA et la santé mentale rejoint ce que disent les jeunes : ils ne choisissent pas toujours l’IA par préférence, mais pour éviter un jugement, ne pas déranger, ne pas risquer de ne pas être pris au sérieux.
Comment repérer un signal d’alerte en santé mentale ?
Un signal d’alerte combine trois critères observables : la rumination de pensées négatives, le retentissement sur des activités du quotidien, et la persistance sur au moins quinze jours. Un seul indice isolé ne suffit pas ; c’est leur combinaison qui alerte.
Cette grille de lecture simple, transmise en formation, permet à un tuteur de distinguer une difficulté passagère d’un signal qui mérite attention, sans avoir besoin d’un diagnostic, quel que soit le jeune qu’il accompagne.
Avec quels outils les tuteurs repartent-ils?
La formation donne aux tuteurs un repère fiable pour reconnaître un signal d’alerte, et des réflexes concrets pour ouvrir un dialogue sans se substituer à un professionnel. Elle s’appuie aussi sur les compétences psychosociales identifiées par l’Organisation mondiale de la Santé depuis 1993 comme un facteur déterminant de la santé mentale : un tuteur les soutient déjà, souvent sans le savoir, par la qualité de la relation qu’il installe, qu’il encadre un apprenti, un stagiaire ou un jeune enseignant.
Le principe qui structure l’ensemble : comme dans un avion, on met son propre masque à oxygène avant d’aider l’autre. Un tuteur qui ne se sent pas en état d’aborder le sujet ne doit pas le faire seul. Passer le relais n’est pas un abandon, c’est un choix.
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