Ecriture d’été : jour 10

Juil 27, 2022

Paris-Province : des histoires d’éducation

Sur l’île aux Moines, les Parisiens sont aussi reconnaissables par leurs enfants. Au nombre de deux. Généralement trimballés dans une sorte de carriole. Robe en liberty comme maman et bermuda, chemise en lin et chaussure bateau comme papa.

Les moins avertis des observateurs provinciaux courent le risque de les confondre avec des bobo lyonnais de la Croix-Rousse.

Pourtant, lorsque les gamins se mettent à chouiner, c’est là que la confusion n’est plus possible.

L’éducation positive à Lyon

Les cris d’un môme de la Croix-Rousse retentissent dans un moment de frustration. Il veut. Il n’a pas. Ça l’énerve.

Le parent se met alors à la portée visuelle de l’enfant. Il s’agenouille. Il retient l’attention du morveux par le regard. Il est prêt à dialoguer. Il inspire un grand bol d’éducation positive et bienveillante. Il va expliquer. Il se lance. C’est partir pour de très longues explications autour du fonctionnement de notre société capitaliste qui crée des désirs très éloignés de nos besoins cherchant à éloigner l’être de lui-même en exploitant d’autres êtres à l’autre bout de la planète provoquant des émissions de gaz à effet de serre qui créeront des catastrophes dont les premières victimes ne seront pas les êtres qu’on éloigne de leur être, mais les êtres exploiter.

À ce moment-là, le gamin crie encore. 

Puis dans une deuxième partie de l’explication, toujours yeux dans les yeux et toujours agenouillé, le parent entrera dans la conséquence morale de cette demande : équité, justice, paix. Tous les concepts philosophiques de haut niveau y passeront.

Nous en sommes à environ 34 minutes de dialogue. 34 minutes de hurlement.

Noter au passage que le bobo lyonnais n’a pas de problèmes de genoux, car il peut rester dans cette position très longtemps pour le bien-être de son enfant.

Cette fois-ci, le gamin ne hurle plus à cause de la frustration mais parce que son parent lui a foutu une migraine.

Un doliprane et au lit.

Les petits Parisiens découvrent le reste du monde

Sur l’île aux Moines, l’enfant parisien dans sa carriole chougne aussi. Il crie, pleure, hurle. Les raisons sont quelque peu différentes. Il est effrayé.

Prenez 5 minutes pour se mettre à sa place.

Imaginez que vous ayez passé toute votre vie trimbalée dans une poussette au milieu d’une ville avec des arbres attachés au pied par des grilles. Dans votre tête, l’arbre est un être dangereux qu’il convient de retenir pour ne pas qu’il s’en prenne aux pauvres gens en poussette.

Lorsqu’on vous sort de votre poussette, c’est pour vous laisser aller à votre guise dans un espace de 15 mètres carrés avec des grilles empêchant encore une fois toute végétation de venir vous attaquer. Quand bien même, une herbe viendrait à venir vous chercher du mal, elle serait dans votre champ immédiat de vision. Vous pourriez donner alerte. En moins de 30 secondes, un adulte viendrait à votre rescousse.

A Paris, vous êtes en sécurité. 

Et puis, voilà l’été. Vos parents décident de vous emmener sur l’ile aux Moines.

À peine la sandale posée en province, vous sentez qu’il y a un loup.

Vous sentez qu’un truc étrange se profile à l’horizon.

La poussette dans laquelle vos parents vous calent est quelque peut différente de Paris. Impossible d’avoir le nez à l’air. Une fois installé, vos parents prennent bien soin de refermer une capote de protection.

La famille se met en mouvement. Vous traversez l’île. Rien pour retenir la végétation. Impossible d’avoir tous les arbustes à l’œil. Aucun doute. Le danger rôde. Au secours!

Anne-Lise

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Voilà plus de 15 ans que j’écris des histoires plus ou moins proches d’anecdotes personnelles vécues. Avec les mots, je transforme un quotidien somme toute très ordinaire en épopée digne des plus grands chevaliers.

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