L’école c’est chouette.

Mai 17, 2019

Ceux qui me connaissent ou ceux qui suivent ce blog savent que l’école et moi c’est une histoire d’amour compliquée, souvent douloureuse. Pourtant l’année dernière, j’avais réussi à m’apaiser. Mon fils avait quitté la maternelle pour intégrer une classe de CP où l’institutrice avait un goût très prononcé pour les pédagogies alternatives.

Bien entendu, on était encore très loin de la classe de Célestin Freinet, mais enfin… en fermant les yeux sur deux trois erreurs didactiques, j’avais réussi à faire taire ma colère par rapport à l’institution.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, mon p’tit gars est entré en CE1. À la première poésie, j’ai senti l’agacement venir à nouveau pointer son nez. Comme tous les élèves depuis 40 ans, il a dû se farcir à apprendre « le Cancre » de Jacques Prévert tout en devant scrupuleusement avoir un comportement exemplaire. Le tableau du comportement veillait au grain.

Je pensais alors à la petite Samia, stigmatisée dès le premier orteil posé au sein d’une cour d’école à l’âge de 3 ans. Voilà 4 ans qu’on lui reprochait de ne pas être assez sage ! Elle devait à présent apprendre par cœur les mots d’un enfant turbulent. Elle allait même devoir les réciter à voix haute — en mettant le ton. Et surtout elle allait devoir continuer à se taire face à cette incohérence de l’enseignement. Mais moi Samia, je la connais. Je sais qu’elle est plus maline que ce que pensent certains enseignants, qu’elle allait s’en sortir. Alors j’ai respiré et j’ai fait comme si ce n’était pas grave.

Les cahiers ont continué à faire des allers-retours entre la maison et l’école. J’ai continué tous les dimanches soir à les signer en me désespérant du manque total d’intérêt des supports proposés. Mais après tout comme dit ma sœur instit « si la maîtresse est gentille, c’est déjà ça. » La maîtresse est effectivement gentille. C’est donc déjà ça.

Un dimanche soir, j’ai pourtant dû prendre sur moi. J’ai dû aller puiser au plus profond de mes ressources intérieures. J’ai dû faire et refaire 50 fois tous les exercices de respirations que je connaissais afin de ne pas bouffer le cahier de rage. Un dimanche soir, j’ai dû apposer ma signature à côté d’un b de la maîtresse qui venait féliciter mon fils pour avoir écrit :

Les croquettes mangent le chat.

Après avoir enchaîné différents exercices d’orthographes et de grammaire sans aucun intérêt, mon fils a dû se livrer à l’exercice de la production écrite. À partir d’une phrase modèle « le chien ronge un os », il devait inverser le sujet et le complément, changer le verbe et les autres mots, faire trois pirouettes sur lui même, lire à voix haute le passé simple du verbe acquérir, compter de trois en trois jusqu’à 679 en tapant dans les mains à chaque fois qu’il rencontrait un nombre premier et écrire une phrase. Il a donc écrit.

Les croquettes mangent le chat

La maîtresse a mis B comme Bravo…

B comme Bravo d’avoir respecter la consigne. B comme Bravo de surtout ne t’être posé aucune question sur le sens de l’exercice. B comme Bravo de ne pas m’avoir pris la tête en classe parce que mon exercice ne veut rien dire du tout. B comme bravo, car de toute façon on s’en tamponne le coquillage du sens des apprentissages. B comme Bravo tu as réussi à ne pas devenir complètement zinzin à force de faire des choses absurdes.
En signant, je n’ai pu m’empêcher à nouveau de penser à la petite Samia qui se bagarre contre vents et marées pour grandir alors qu’à la maison c’est le bazar. J’ai pensé à cette petite fille pour laquelle l’école pourrait être le lieu dans lequel on lui apporte une structure mentale. J’ai pensé à tous ces chercheurs et praticiens qui depuis plus de 100 ans innovent pour que l’école soit un lieu épanouissant. J’ai pensé à tous ceux qui croient qu’il est possible de faire de l’école une institution d’égalité des chances.
Alors cap ou pas cap de dégraisser le mammouth ?

Anne-Lise

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Voilà plus de 15 ans que j’écris des histoires plus ou moins proches d’anecdotes personnelles vécues. Avec les mots, je transforme un quotidien somme toute très ordinaire en épopée digne des plus grands chevaliers.

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