Lettre à Manu : tes couilles, les symboles et la morale

Juil 12, 2022

Salut Manu,

Comment ça va?

Excuse-moi de ne pas t’avoir félicité pour ta réélection. Mais j’étais débordée. Je pense que toi aussi d’ailleurs.

Dis donc, je viens de te voir à la télévision. Je ne sais pas si c’est la chaleur ou la fatigue, mais j’ai eu l’impression tu étais à deux doigts de l’explosion. Mais bon : une petite phrase pour relâcher la pression « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre » et ça repart!

Au fait, je voulais aussi te féliciter pour la nomination d’Élisabeth Borne. Je crois que j’avais été un peu mauvaise langue dans ma lettre sur la nomination de Darmanin. Avoir choisi pour Premier ministre une femme montre bien que tu ne t’inscris pas dans la longue tradition des hommes politiques machos et patriarcaux.

À présent, je suis certaine que l’égalité femme-homme ça t’en touche une ET ça fait bouger l’autre!

En bref, ce n’est pas de ça que je voulais te parler. Revenons plutôt à ton envolée verbale.

"ça m'en touche une sans faire bouger l'autre"

Franchement. Avoue. Sérieux. T’as dérapé?

Tu te souviens du temps où tu reprenais les gamins qui, sur ton passage, faisaient des écarts de langage? « Tu m’appelles Monsieur le Président de la République. » Un peu de respect quand même! Faut pas déconner. Il y a des symboles à respecter.

Alors je sais ce que tu vas me dire. Je suis la première à affirmer qu’il faut appeler un chat, un chat et une couille, une couille.

Mais, entre ta volonté de respecter les symboles, celle de vouloir remettre de la moral dans la vie politique et ton « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre », j’ai un peu du mal à te suivre.

Si je reprends : dire « Monsieur le Président », c’est respecter le symbole de ta fonction.

En revanche, dire « ça m’en touche une sans m’en faire bouger l’autre » à propos d’un travail journalistique de fond, ça se situerait dans quel champ?

  • Doit-on considérer que parler de ses couilles à propos du travail de journalistes, c’est un signe fort et immuable de respect d’ un symbole démocratique, à savoir les journalistes et leur contre-pouvoir ?
  • Ou ne faudrait-il pas plutôt penser que mettre en scène ses couilles relève davantage de la moralisation de la vie politique?

Parce que finalement, tes couilles, dans cette histoire, tu les utilises seulement à titre de symbole. Contrairement à, par exemple, DSK qui les a utilisées concrètement.

Toi, tu n’as que symboliquement trempé le biscuit dans l’implantation d’une entreprise experte en évasion fiscale de grande ampleur. Ce qui est quand même beaucoup plus moral.

Et puis tu as raison. Grâce à toi, un grand progrès social a été réalisé. Projet tellement historique qu’un nouveau mot est né. Ubérisation ou la possibilité pour des personnes en situation précaire de travailler très facilement… sous statut précaire.

En tout cas, j’espère que tu pourras m’éclairer sur l’utilisation morale ou symbolique de l’image couilles. Tu l’auras compris, je suis un peu perdue.

A très vite,

Bises

Anne-Lise

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Voilà plus de 15 ans que j’écris des histoires plus ou moins proches d’anecdotes personnelles vécues. Avec les mots, je transforme un quotidien somme toute très ordinaire en épopée digne des plus grands chevaliers.

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