On parle beaucoup de l’IA comme outil pour les enseignants. Mais rarement de comment on s’en sert vraiment — pas dans les grandes lignes, dans les coulisses concrètes. Voici mon process complet pour concevoir des séquences et des outils pédagogiques avec l’IA, du Bulletin officiel au livrable prêt à distribuer en classe.
Ma première source d’inspiration : les profs créatifs sur Instagram
Avant même d’ouvrir Claude, je passe du temps sur des comptes d’enseignants créatifs. Des profs qui partagent leurs activités, leurs mises en page, leurs formats : cartes à découper, jeux de rôle, frises à compléter, tableaux de synthèse visuels.
Ce que j’y cherche, ce n’est pas du contenu à copier. C’est de l’inspiration formelle : une façon de présenter un exercice, une structure d’activité, une esthétique de fiche. Ces comptes me donnent le vocabulaire des formats pédagogiques que je veux ensuite faire produire par l’IA.
Autrement dit : je sais ce que je veux fabriquer parce que je l’ai vu quelque part, sous une autre forme, pour un autre niveau. L’IA ne m’apporte pas l’idée — elle m’aide à la produire.
Ce qui ne change pas : ma connaissance de mes étudiants
Avant de parler d’IA, je veux dire une chose clairement : l’outil ne pense pas à ma place. Ce qui fait la qualité d’une séquence pédagogique, c’est ce que l’IA ne peut pas avoir — la connaissance fine de ses étudiants.
Je sais que les miens ont besoin de manipuler. Je sais qu’une consigne trop ouverte les met dans la confusion. Je sais qu’ils accrochent à la culture populaire avant d’entrer dans les textes. Je sais où ils en sont en novembre, et où ils doivent arriver en mai.
Ce savoir-là n’est pas dans un prompt. Il est dans des années de classe, dans l’observation, dans l’ajustement permanent. C’est lui qui guide tout ce qui suit.
Ma méthode en 5 étapes pour concevoir une séquence avec l’IA
1. Je prends appui sur le BO
Le Bulletin officiel est mon point de départ. Je le lis pour en extraire les tensions conceptuelles, repérer les mots-clés structurants, identifier les grandes oppositions que les étudiants devront maîtriser. Pour le thème BTS 2027 « Le vrai du faux », l’architecture est là dès la première lecture : le faux comme piège d’un côté, le faux comme révélateur de l’autre. C’est cette tension qui organise toute ma séquence.
2. Je dessine une progression en niveaux
Je ne crée jamais des séances isolées. Je pense en progression : qu’est-ce qui doit être posé avant pour que la suite ait du sens ? Pour ce thème, la réponse s’est imposée naturellement — philosophie d’abord, mythologie ensuite, références contemporaines en troisième couche, préparation à l’écrit en aval.
Chaque niveau prépare le suivant. Les étudiants arrivent à la culture populaire après avoir les concepts. Cette progression n’est pas linéaire par commodité — elle est logique.
3. J’utilise la fonction Projet de Claude
C’est une fonctionnalité concrète que peu d’enseignants exploitent encore : la fonction Projet de Claude. Elle permet de centraliser dans un même espace tous les fichiers de référence — le BO, des extraits de textes, des ressources documentaires — et de travailler en continuité d’une session à l’autre sans tout réexpliquer à chaque fois.
Dans mon cas, j’ai déposé le BO directement dans le Projet. Claude y a accès en permanence : quand je lui demande de construire une séance ou de formuler une consigne, il vérifie lui-même l’alignement avec les mots-clés officiels, les œuvres citées, la problématique. Je n’ai pas à recopier des extraits dans chaque prompt. Le cadre programmatique est là, en fond, comme il l’est dans ma tête quand je prépare un cours.
4. Je dialogue par itérations successives
Je ne donne pas une commande — je décris une intention pédagogique, une contrainte de temps, un niveau de classe, et ce que je veux que les étudiants soient capables de faire en sortant de là.
Le dialogue est itératif. Claude propose une structure. Je l’évalue avec mes yeux d’enseignante : est-ce exécutable en classe ? La consigne est-elle claire pour un étudiant de BTS à 8h du matin ? Souvent, je simplifie. Je coupe ce qui est élégant mais irréaliste. Ce va-et-vient est le cœur du processus — pas la génération initiale.
5. Je demande des livrables immédiatement utilisables
Je ne travaille pas pour stocker des idées. Je travaille pour avoir, à la fin d’une session de conception, quelque chose que je peux imprimer ou distribuer le lendemain. Fiches élèves recto-verso, cartes physiques, consignes prêtes à projeter.
Ce que l’IA fait vraiment — et ce qu’elle ne fait pas
L’IA génère vite ce qui prendrait du temps. Elle décline un concept en plusieurs niveaux de difficulté, formate une fiche en quelques secondes, propose des variantes d’une activité. Ce qui m’aurait demandé un week-end de travail se fait en quelques heures de dialogue.
Mais elle ne sait pas pourquoi je préfère les cartes physiques aux QCM. Elle ne sait pas que mes étudiants ont besoin de voir un exemple avant de produire. Elle ne sait pas que la consigne doit tenir en deux lignes. Tout ça, c’est moi.
L’IA est un outil puissant entre les mains de quelqu’un qui sait ce qu’il veut. Elle amplifie une expertise — elle ne la remplace pas.
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FAQ — Concevoir des séquences pédagogiques avec l’IA en BTS
Comment utiliser l’IA pour préparer ses cours de culture générale en BTS ? La clé est de ne pas demander à l’IA de « faire un cours », mais de lui décrire une intention pédagogique précise : le niveau des étudiants, la durée de la séance, ce qu’ils doivent être capables de faire à la sortie. Plus la demande est contextualisée, plus le résultat est utilisable directement. La fonction Projet de Claude permet en plus de centraliser ses documents de référence — comme le BO — pour que l’IA travaille toujours dans le bon cadre programmatique.
Faut-il être expert en IA pour concevoir des ressources pédagogiques avec Claude ? Non. Ce qui compte, c’est de savoir décrire ce qu’on veut pédagogiquement. Si vous savez expliquer à un collègue ce que vous voulez faire en classe, vous savez parler à une IA. L’expertise pédagogique prime sur la maîtrise technique.
Quelle est la valeur ajoutée de l’enseignant face à l’IA dans la conception pédagogique ? La connaissance de ses étudiants — leurs besoins, leurs blocages, leur niveau réel en début d’année — est irremplaçable. L’IA produit un contenu générique de qualité ; c’est l’enseignant qui le rend pertinent pour sa classe. C’est lui qui tranche, simplifie, adapte et valide chaque étape.
Comment s’inspirer des profs créatifs sur Instagram pour concevoir avec l’IA ? Instagram est une source d’inspiration formelle : on y repère des formats d’activités, des structures de fiches, des idées visuelles. Une fois qu’on a identifié le format qu’on veut produire, on peut demander à l’IA de le générer avec son propre contenu disciplinaire. C’est la combinaison inspiration visuelle + génération IA qui permet d’aller vite sans partir de zéro.
La méthode est-elle spécifique au BTS culture générale et expression ? Le principe est transférable à tout contexte de formation. Partir du référentiel, construire une progression logique, guider l’IA avec son expertise disciplinaire et sa connaissance des apprenants — cette logique fonctionne en lycée professionnel, en formation continue, en enseignement supérieur.

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