Je viens de corriger les BTS blancs de mes étudiants de deuxième année. Et le constat est sans appel : près des trois quarts d’entre eux rencontrent de grandes difficultés pour écrire une phrase syntaxiquement correcte. Les problèmes de ponctuation sont tout aussi alarmants : phrases interminables, absence de pauses, idées qui s’enchaînent sans structure… Or, sans maîtrise de la phrase, aucune méthode ne peut vraiment tenir. C’est à partir de ce diagnostic très concret que j’ai construit un dispositif mêlant écriture quotidienne, lecture à voix haute et évaluation formative.
1. Le point de départ : des copies illisibles avant même les idées
Dans beaucoup de copies, les difficultés ne portent pas d’abord sur l’argumentation ou les références, mais sur des éléments bien plus fondamentaux :
- des phrases sans verbe,
- des phrases de quatre ou cinq lignes,
- des débuts en « ce qui »,
- une ponctuation inexistante,
- un niveau de langue trop proche de l’oral.
Avant de retravailler la méthode du corpus ou de l’essai, il fallait donc reconstruire la base : la phrase.
2. Le principe du dispositif
J’ai mis en place deux dispositifs complémentaires, tous deux notés :
- Un carnet d’écriture quotidien : trois phrases par jour
- Un travail de lecture à voix haute, à partir :
- des phrases du carnet,
- et de nouvelles littéraires imposées.
Ce double axe permet de travailler à la fois :
- l’écriture,
- la ponctuation,
- la syntaxe,
- mais aussi l’oral, la fluidité et la respiration.
Le carnet des 3 phrases (travail NOTÉ)
Période
Du 8 décembre 2025 au 11 janvier 2026.
Consigne générale
Chaque étudiant tient un carnet personnel d’écriture, dans lequel il doit écrire trois phrases par jour minimum.
Chaque jour, je donne :
- soit une amorce,
- soit une contrainte (mot précis, connecteur logique, vocabulaire).
Les phrases doivent être :
- manuscrites,
- dans un seul carnet,
- sans feuilles volantes.
Règles obligatoires pour chaque phrase
- Une phrase =
- un sujet,
- un verbe conjugué,
- une seule idée.
Interdictions strictes :
- phrases sans verbe,
- phrases qui commencent par « ce qui »,
- les mots « on », « chose », « il y a »,
- le langage familier.
Objectifs pédagogiques du carnet
- Reprendre le contrôle syntaxique de la phrase,
- Apprendre à couper une phrase trop longue,
- Installer des automatismes corrects,
- Rehausser le niveau de langue,
- Restaurer la confiance dans l’acte d’écrire.
Consignes d’écriture
II. Lecture à voix haute du carnet (travail NOTÉ)
Lors de deux séances en classe (15 décembre 2025 et 12 janvier 2026) :
- je procède à un tirage au sort ;
- les étudiants tirés au sort doivent lire à voix haute leurs trois phrases ;
- je leur impose le jour de lecture (par exemple : « lis vos phrases du 26 décembre »).
Cette lecture :
- est obligatoire,
- fait partie intégrante de l’évaluation,
- est notée.
Objectifs pédagogiques
- Faire entendre la ponctuation,
- Débusquer les phrases imprononçables,
- Travailler :
- l’articulation,
- la respiration,
- la fluidité,
- Comprendre qu’une phrase correcte doit pouvoir se dire à voix haute.
III. La lecture à voix haute de nouvelles littéraires (travail NOTÉ)
En parallèle du carnet, les étudiants doivent préparer la lecture à voix haute de nouvelles imposées.
- 15 décembre 2025 : nouvelle de Arnaud Cathrine
- 12 janvier 2026 : nouvelle de Manon Fargetton
Un extrait précis est donné à l’avance.
Le jour de la séance :
- un tirage au sort désigne les lecteurs ;
- la lecture se fait devant la classe ;
- elle est notée.
Critères de réussite de la lecture à voix haute
- Texte lu en amont,
- Mots difficiles anticipés,
- Sens global compris,
- Articulation claire,
- Respect de la ponctuation,
- Lecture fluide,
- Voix audible.
Objectifs pédagogiques
- Travailler la lecture expressive,
- Stabiliser le rythme de la phrase,
- Réconcilier corps, souffle et ponctuation,
- Développer la présence orale,
- Améliorer la compréhension fine des textes.
Conclusion
Travailler la phrase ne devrait jamais être considéré comme un retour en arrière. C’est au contraire un retour aux fondations. Sans phrase claire, pas d’argumentation. Sans ponctuation, pas de pensée lisible. Et sans oral, pas de conscience réelle de ce que l’on écrit.
Ce carnet, ces lectures, ces contraintes quotidiennes constituent un entraînement de fond, discret, mais profondément structurant pour les étudiants de BTS.

Merci, c’est une très bonne idée qui peut être utilisée avec d’autres niveau.
Michèle
Merci pour votre message !
Mes étudiants n’étaient pas aussi enthousiastes. D’ailleurs certains n’ont pas hésité à me dire que ça ne servait rien…